Dans les massifs forestiers, l'ONF mesure la sécheresse des végétaux pour prévenir les incendies
"Si on passe sous la barre des 30% d'humidité, la sensibilité devient très forte" : chaque semaine, des agents de l'Office national des forêts (ONF) mesurent la teneur en eau des végétaux afin de mieux prévoir le risque d'incendie et guider le déploiement des moyens de lutte.
"Tout ça, c'était vert il y a un mois", assure Laure Gautier, uniforme vert de l'ONF et photo à l'appui, en montrant du doigt une lande au sol sableux et à la végétation buissonnante, dont les couleurs rappellent presque l'automne.
La forêt domaniale d'Ermenonville (Oise) est le premier site des Hauts-de-France à disposer, depuis le début de l'été, d'une placette hydrique, point de mesure hebdomadaire du niveau de sécheresse de la végétation.
Mis en place en 1996, le dispositif n'existait historiquement que dans le pourtour méditerranéen, avant que l'Etat ne décide de l'étendre après l'été 2022 au cours duquel des incendies d'ampleur ont touché tout l'Hexagone. Aujourd'hui, 123 sites sont sous surveillance hebdomadaire.
"Ce protocole de mesures précis et rigoureux permet d'objectiver nos observations", indique la technicienne forestière, qui fait état d'"un dessèchement de la végétation, des feuilles qui jaunissent, qui tombent" depuis plusieurs semaines.
A l'heure la plus chaude de la journée, les agents de l'ONF commencent par relever sur une dizaine de buissons identifiés, choisis aléatoirement en début de saison, la part de matière sèche visible.
"On a plusieurs classes, de 0 à 10% pour un buisson bien vert, de 10 à 25% pour une apparition de branches sèches et ainsi de suite jusqu'à la mort totale du buisson", précise Laure Gautier, fiche de recensement à la main.
- "Ca s'enflamme très vite" -
"Là, on a plus de 50% de la callune qui est morte. Ça, ça s'enflamme très vite", explique-t-elle en montrant la bruyère, devenue rousse sur le dessus, et en rappelant que le comportement des feux dépend aussi du combustible et donc de l'état de la végétation.
A l'aide d'un sécateur, la technicienne forestière prélève ensuite minutieusement des pousses nouvelles et encore vertes de genêt et de callune, espèces représentatives du massif, qui doivent rapidement être pesées.
Trois grammes de pousses de chaque espèce sont disposées dans la coupelle d'une balance dessiccatrice, qui mesure en une quinzaine de minutes la teneur en eau des végétaux.
"Le taux d'humidité a encore baissé, on a perdu 3% en une semaine", s'inquiète Julien Lefèvre, responsable d'unité territoriale Oise-Ouest pour l'ONF, alors qu'à la première pesée de callune, la balance dessiccatrice indique un taux d'humidité à 29,52%. Il y a quinze jours, cette même plante affichait une teneur en eau à 50%.
"Si on passe sous la barre des 30% d'humidité, on passe d'un seuil de +sensibilité forte+ à +très forte+", indique le responsable d'unité, qui précise que "ce sont ces critères-là qui permettent de déclencher au mieux (leurs) patrouilles pour prévenir des feux de forêt".
"Ces données sont ensuite transmises au niveau des préfectures et des SDIS (Services départementaux d'incendie et de secours, ndlr) et permettent aux partenaires d'adapter les différents dispositifs", abonde-t-il.
Associées aux prévisions météorologiques (vent, température, précipitations), les données recueillies permettent à Météo-France de déterminer un niveau de danger feu de forêt. Cette évaluation guide le déploiement des moyens de lutte : moyens aériens comme les Canadair, véhicules terrestres et effectifs de sapeurs-pompiers.
Au vu des données actuelles, Laure Gautier alerte sur "une situation très préoccupante" en termes de sécheresse. "Et pas seulement à Ermenonville. Toutes les placettes, partout en France, mesurent des niveaux de sécheresse qu'on aurait normalement fin août, plutôt que mi-juillet."
J.H.García--ECdLR