BCE: l'euro fort et l'inflation au ralenti en ligne de mire jeudi
La Banque centrale européenne est attendue jeudi pour commenter la vigueur de l'euro et le ralentissement de l'inflation, sans toutefois dévoiler une orientation future sur ses taux, selon les observateurs.
La semaine dernière, l'euro a brièvement dépassé 1,20 dollar, un plus haut en quatre ans et demi, avant de redescendre à 1,18 dollar, face à la perspective que Kevin Warsh, partisan d'une politique monétaire stricte, devienne le prochain président de la Réserve fédérale américaine.
L'inflation en zone euro est descendue à 1,7% en janvier, après 1,9% en décembre, soit un deuxième mois d'affilée sous l'objectif de 2% visé par l'institution, selon les données d'Eurostat.
De quoi sortir la BCE de sa "bonne position" affirmée à l'envi face aux risques économiques ? Sa présidente Christine Lagarde devrait s'en tenir jeudi à des interventions verbales, après le statu quo attendu sur la politique monétaire.
Le taux de dépôt, référence de la politique monétaire, va demeurer à 2% pour la cinquième réunion d'affilée depuis juillet, selon les observateurs.
- "Pleine flexibilité" -
Mme Lagarde "choisira pour le sujet de l'euro une formulation du type +nous suivons attentivement les évolutions+, sans indiquer une orientation claire de la politique monétaire si l'euro atteint un certain niveau ou un certain rythme d'appréciation", affirme à l'AFP Marco Wagner, économiste chez Commerzbank.
En maniant au passage des éléments de langage tels que "pleine flexibilité" et "aucun engagement à l'avance", ajoute-t-il.
L'appréciation de l'euro face au billet vert repose moins sur la dynamique économique européenne que sur les inquiétudes suscitées par la politique jugée imprévisible de Donald Trump, selon les économistes.
Cette dépréciation du dollar "est susceptible de se maintenir et même de s'intensifier car c'est une politique délibérée souvent revendiquée par l'administration présidentielle aux Etats-Unis", commente Eric Dor, professeur à l'IESEG School of Management.
Même loin du record d'1,60 dollar pour un euro en 2008, le taux de change actuel inquiète les grands argentiers en zone euro.
Avant la réunion de jeudi, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a souligné sur LinkedIn que la BCE "suit de près cette appréciation de l'euro et ses conséquences possibles en termes de baisse de l'inflation".
Son homologue autrichien, Martin Kocher, a estimé que l'appréciation de l'euro, si elle se poursuivait, pourrait contraindre la BCE à "réagir en termes de politique monétaire".
- Incertitude élevée -
Si la BCE ne vise aucun niveau de change précis, elle rappelle régulièrement que les fluctuations de la monnaie sont surveillées, car elles influencent directement la trajectoire de l'inflation.
Un euro fort rend les importations libellées en dollars moins chères sur des biens comme le pétrole, le gaz naturel liquéfié et d'autres matières premières, accentuant les pressions désinflationnistes, alors que la BCE anticipe déjà une inflation inférieure à son objectif cette année et l'an prochain.
Lors de la dernière réunion de décembre, les avis ont divergé sur l'inflation au sein du conseil des gouverneurs de l'institution, avec de longs échanges sur les risques à la hausse et à la baisse des prix.
Le haut degré d'incertitude lié aux risques géopolitiques va également peser sur les débats jeudi.
"Bien que le conflit autour du Groenland semble temporairement résolu, la BCE n'est pas naïve : les tensions pourraient réapparaître à tout moment", faisant que "l'incertitude sur les perspectives économiques reste élevée", estime Dirk Schumacher, économiste à la banque publique KfW.
Si la BCE devait agir sur ses taux, elle a par le passé pris son temps, comme en 2022, lorsqu'elle avait d'abord jugé temporaire la flambée des prix consécutive à l'invasion de l'Ukraine par la Russie, avant de lancer, des mois plus tard, une série inédite de hausses de taux.
E.Gutiérrez--ECdLR