Bassin d'Arcachon: inquiétude et colère face à de nouveaux déversements d'eaux usées
Des fossés remplis et une odeur d'œuf pourri: sur les rives du Bassin d'Arcachon soumis à des pluies intenses, habitants et ostréiculteurs alertent sur de nouveaux débordements d'eaux usées, comme à l'hiver 2023 quand la vente d'huîtres avait été interdite durant un mois.
Dans un lotissement de Lanton (Gironde), une eau parfois constellée de morceaux de papiers et de restes de serviettes hygiéniques coulait jeudi dernier autour d'une station du réseau d'assainissement, où des camions de pompage intervenaient encore mardi, ont constaté des journalistes de l'AFP.
"C'est comme ça depuis des jours. On nous répond que c'est lié à des pluies centennales. Si c'est le cas, j'ai plus de 1.000 ans... Car le réseau a débordé au moins une dizaine de fois depuis que j'habite là", se lamentait un quadragénaire devant une piste cyclable inondée et de grandes flaques aux relents sulfurés.
Il y a deux ans, des pluies abondantes avaient saturé le réseau, provoquant le déversement d'eaux usées dans la nature et la contamination au norovirus des huîtres produites dans le Bassin: une épidémie de gastroentérite aiguë avait frappé les consommateurs durant les fêtes de fin d'année.
Un épisode très dommageable pour la filière ostréicole, dont les ventes avaient été suspendues durant un mois par les autorités. Depuis, les producteurs "ont du mal à se relever", atteste le président du Comité Régional de la Conchyliculture Olivier Laban, pour qui une nouvelle interdiction administrative serait fatale à la profession.
- Marais "artificialisés" -
Le système d'assainissement du Bassin a été conçu sur un modèle "séparatif": en principe, eaux pluviales et eaux usées ne se mélangent pas.
Mais passé de 80.000 à 160.000 habitants entre les années 1980 et 2020 selon l'Insee, l'arrondissement d'Arcachon a été trop "bétonné", déplorent les associations locales de défense de l'environnement.
Pour Thierry Lafon, ostréiculteur qui préside l'une d'entre elles, "l'artificialisation" de terres qui "étaient autrefois des marais" empêche l'infiltration de la pluie dans le sol.
Celles-ci ruissellent alors dans le réseau des eaux usées, "pas étanche", avance-t-il en pointant une bouche d'égout qui fuit. Jusqu'à le saturer quand elles sont très abondantes comme il y a trois ans, ou cet hiver encore.
"Depuis le 21 janvier", le Bassin d'Arcachon est confronté à "une pluviométrie persistante, y compris sur le bassin versant, des hauteurs de nappes phréatiques élevées et des coefficients de marée élevés", indique le groupe Veolia, qui gère le réseau d'assainissement pour le compte du Syndicat intercommunal du Bassin d'Arcachon (Siba).
Des bassins de sécurité, censés absorber le trop-plein des canalisations, "sont actuellement remplis" et les intempéries persistantes entraînent "localement des débordements ponctuels", constitués d'un "mélange fortement dilué" d'eaux usées et de pluie, selon l'opérateur qui a doublé ses capacités de pompage et de nettoyage pour "rétablir une situation d'exploitation normale le plus rapidement possible".
- "Personne ne dit rien" -
Sollicité par l'AFP, le Siba qui réunit 12 communes du Bassin a renvoyé vers son délégataire.
"Si un paquebot déversait des mètres cubes de merde au large du Cap Ferret, tous les élus feraient front, la main sur le cœur, mais là, c'est quotidien, chaque hiver, et personne ne dit rien", attaque Virginie Malet, conseillère d'opposition à Lanton.
Selon Météo-France, la quantité de pluie tombée sur la zone en janvier a été supérieure de 55% à la normale, faisant de ce mois le 15e plus pluvieux localement depuis 1949, et les cumuls de février s'annoncent déjà importants.
Le Parc naturel marin du Bassin d'Arcachon, qui dépend de l'Office français de la Biodiversité et dont la gouvernance associe services de l'État, collectivités, usagers et associations, indique "suivre l'affaire de près" mais ne s'exprime pas davantage en période de réserve électorale.
En octobre 2024, le Siba avait annoncé 120 millions d'euros d'investissements sur cinq ans pour remédier à la situation. Mais pour ses détracteurs, les travaux tardent et seront "insuffisants" face à la poursuite de l'urbanisation.
M.Ramos--ECdLR