Star des sixties, Petula Clark espère que l'IA ne supplantera pas les chanteurs
La célèbre chanteuse britannique des sixties Petula Clark, aujourd'hui nonagénaire, espère que l'intelligence artificielle ne remplacera jamais la chaleur et l'émotion d'un vrai chanteur.
A 93 ans, l'interprète du titre légendaire "Downtown" chérit toujours la connexion entre le public et l'artiste, ainsi que l'humanité qui transparaît dans la performance vocale. Deux sensations qui pourraient se trouver menacées par les chansons générées par IA.
"Nous sommes tous très inquiets par rapport à cela, et on dit même qu'à terme l'IA sera dotée d'émotions", a récemment confié Petula Clark à l'AFP à Genève.
"Je ne sais pas si ce sera un problème pour moi parce que je suis à la fin de ma carrière, mais pour l'avenir, c'est pour le moins déconcertant."
"Qui sait? Vu la tournure que prennent les choses, tout finira peut-être par être remplacé de toute façon. Mais je ne l'espère pas."
Avec les années, Petula Clark admet que sa tessiture vocale a évolué, mais que la magie demeure présente. "Ma voix a changé. (...) Mais quoi qu'il en soit, elle est toujours là. Elle est devenue un peu plus grave mais en fait ça me plaît bien!"
- Chanter en français -
Née le 15 novembre 1932, Sally Olwen Clark - appelée Petula par son père - commence par un parcours d'enfant star à la radio britannique BBC pendant la Seconde Guerre mondiale avant sa rencontre avec l'agent français Claude Wolff en 1957, qu'elle épousera avant de plonger dans le bain artistique français.
"Je ne parlais pas un mot de français, (...) mais petit à petit, j'ai appris. (...) Certaines stations de radio ne voulaient simplement pas diffuser de chansons en anglais. C'était comme ça à l'époque."
Elle est ainsi devenue une star en France, par "accident", assure-t-elle. Serge Gainsbourg lui a notamment écrit des chansons comme "Vilaine fille, mauvais garçon" et surtout "La Gadoue".
"Il aimait jouer avec la langue et c'était difficile pour moi, mais il m'a beaucoup aidée."
Lorsqu'elle cherche de nouvelles chansons, c'est "toujours la mélodie" qui attire son attention, "car la mélodie est universelle", explique-t-elle.
Son tube emblématique de 1964 "Downtown", qui s'est vendu à des millions d'exemplaires et lui a valu un Grammy award, n'avait d'ailleurs pas encore de paroles lorsqu'elle a entendu pour la première fois le compositeur Tony Hatch le jouer au piano.
"Certaines chansons ont tout simplement ce petit quelque chose", explique-t-elle, assurant n'avoir à l'époque "aucune idée du fait qu'il s'agissait d'un tube monstre".
- Star multi-facettes -
La carrière de Petula Clark a connu de nombreux rebondissements.
Elle a joué dans des films avec Alec Guinness, Fred Astaire et Peter O'Toole, ainsi que dans des comédies musicales à New York et Londres.
Le concert "Une soirée avec Petula" ("An Evening with Petula") a été la première émission diffusée en couleur sur la chaîne BBC One en 1969.
"Ça a été une longue vie, une vie très passionnante, très triste et très heureuse", confie-t-elle quelques mois après la publication de sa biographie.
L'ouvrage est titré "Est-ce que c'est toi Petula?" ("Is That You, Petula?"), reprenant les mots de John Lennon lors de son "bed-in for peace" en 1969 à Montréal, un événement qu'il a organisé avec son épouse, l'artiste plasticienne Yoko Ono, pour protester contre la guerre du Vietnam.
Petula Clark dit maintenant espérer avoir apporté de la joie aux gens au fil des décennies. "Ils m'ont rendue heureuse aussi."
Mais elle n'a pas dit son dernier mot, avec un concert prévu dans un théâtre londonien, peut-être plus tard cette année.
"Ce sera très important pour moi, et aussi très émouvant. Ce sera peut être mon dernier concert, qui sait? Mais j'ai vraiment hâte de remonter sur scène devant un public."
L.Martínez--ECdLR