RSF relance ses accusations contre CNews et saisit formellement l'Arcom
L'organisation Reporters sans frontières (RSF) a formellement saisi jeudi le régulateur de l'audiovisuel, l'Arcom, lui demandant de sanctionner des "manquements flagrants" en "matière de pluralisme" sur la chaîne d'information CNews, dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
Comme annoncé fin novembre, l'organisation a transmis sa saisine, document de 112 pages de l'avocat Patrice Spinosi, qui fait "la démonstration factuelle et juridique des nombreux manquements documentés par RSF en matière de pluralisme du CNews", selon son directeur général Thibaut Bruttin.
Dans un communiqué, ce dernier cite "la diversité des intervenants, avec un traitement de faveur édifiant en faveur de la droite et de l'extrême droite", "la variété des sujets traités à l'antenne, où une poignée de thèmes, prisés par ces mêmes courants, occupe une part significative de la couverture" et le "traitement monolithique de certains sujets, sans aucune place accordée à la nuance ou à d'autres points de vue".
Fin novembre, RSF avait annoncé cette saisine en accusant notamment CNews de contourner les règles sur le pluralisme politique en reléguant les responsables de gauche la nuit et en offrant les meilleurs temps d'antenne, soit les tranches 7-10H et 18-21H, à des responsables d'extrême droite. Elle fournissait des données chiffrées sur mars 2025.
Mais dès le lendemain, l'Arcom avait annoncé n'avoir pas constaté de manquement au pluralisme sur la chaîne pendant la période visée.
"On respecte scrupuleusement les temps de parole. La preuve, c'est que l'Arcom l'a confirmé", a souligné le directeur général de Canal+ France, Gérald-Brice Viret, jeudi devant l'Association des journalistes médias, peu avant l'annonce de RSF.
"Qu'on traite plus un sujet qu'un autre, c'est un choix éditorial" mais "il y a une trentaine de thèmes chaque jour" sur l'antenne, a-t-il ajouté, en récusant que CNews ait selon lui "une ligne politique".
RSF maintient qu'il y a "des déséquilibres répétés". L'ONG a élargi sa plainte aux mois de janvier et février 2025 pour couvrir un trimestre. Elle s'appuie aussi dans son communiqué sur des enquêtes qui ont été menées depuis novembre sur les sites de Libération et Mediapart, et tendent à confirmer ses conclusions.
Jeudi lors du festival Médias en Seine, le président de l'Arcom, Martin Ajdari, a pris acte de ce "nouveau dossier sur la table". Il a rappelé que depuis une décision du Conseil d'État de 2024, le régulateur doit contrôler de façon plus large le pluralisme.
L'Arcom s'intéresse désormais à "la diversité des invités, la variété des thèmes traités à l'antenne (et) la pluralité des opinions exprimées". Or "aucune chaîne, aucune station ne dispose à ce stade d'un outil plus ou moins automatisé de mesure, dans la durée, des opinions exprimées à l'antenne".
"Les règles sur le pluralisme ne sont pas comprises par les Français! Nous avons un gros effort de pédagogie à faire", a-t-il reconnu dans un entretien au Monde.
R.Ortiz--ECdLR