Les forces syriennes reprennent aux troupes kurdes villes et champs pétrolifères
L'armée syrienne a pris le contrôle de villes et installations stratégiques du nord et de l'est de la Syrie, dont le principal champ pétrolifère du pays, délogeant les forces kurdes de ces zones où le pouvoir de Damas veut étendre son autorité.
Malgré les appels de Washington et Paris à cesser son offensive, le président islamiste Ahmad al-Chareh étend son emprise sur le pays, après avoir accordé vendredi aux Kurdes des droits nationaux inédits, mais jugés insuffisants par les représentants de cette minorité.
Ses troupes se rapprochent désormais de Raqa, ancien bastion du groupe jihadiste Etat islamique dans la province du même nom, où elles ont annoncé tôt dimanche avoir pris le contrôle de la ville de Tabqa.
Samedi, les deux camps avaient fait état d'attaques meurtrières.
Plus au sud, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, "se sont retirées dimanche à l'aube de tous les secteurs sous leur contrôle" dans l'est de la province de Deir Ezzor, peuplée en majorité d'arabes, dont "les champs pétrolifères de al-Omar", le plus grand du pays "et al-Tanak", selon une ONG.
Le gouvernorat de Deir Ezzor a annoncé que "toutes les institutions publiques" resteraient fermées dimanche et appelé les habitants "à rester chez eux".
Le champ d'al-Omar était sous le contrôle des forces kurdes depuis qu'elles en ont expulsé l'EI en 2017. Pendant des années, ce site avait abrité la plus grande base de la coalition internationale antijihadiste menée par les Etats-Unis.
A Tabqa, les forces gouvernementales sont déployées avec des véhicules blindés et des chars autour de la ville et patrouillent dans les rues, aux magasins fermés, a constaté un correspondant de l'AFP.
"Les forces de sécurité et l'armée y mènent des opérations de ratissage", a indiqué à l'AFP une source sécuritaire, faisant état d'affrontements sporadiques avec les FDS.
Face à l'impasse dans les négociations du pouvoir central avec les Kurdes, qui jouissaient depuis plus de dix ans d'une autonomie de facto dans des régions du nord et du nord-est de la Syrie, les forces gouvernementales ont délogé leurs combattants de quartiers d'Alep, la grande ville du nord, la semaine dernière.
Elles les ont ensuite sommés de se retirer d'une zone située entre cette ville et l'Euphrate, plus à l'est.
- "Sécurité" -
A Tabqa, les autorités de Damas ont annoncé avoir pris aussi le contrôle du principal barrage sur ce fleuve.
"Nous demandons la sécurité", a affirmé à l'AFP Ismail Al-Omar, un agriculteur de 43 ans, assis devant sa maison, ajoutant que beaucoup d'habitants "restent chez eux par peur". Plus loin, Ahmad Hussein, espère que "la situation s'améliorera avec l'arrivée de l'armée syrienne".
Les combattants kurdes affirment pourtant que cette localité, à une quarantaine de kilomètres de Raqa, ne faisait pas partie de l'accord de retrait qu'ils avaient accepté.
Les FDS ont fait état d'affrontements avec les troupes de Damas dans le village d'al Mansoura, sur les rives de l'Euphrate, à moins de 20 kilomètres de Tabqa.
L'agence Sana a ensuite affirmé que les FDS avaient fait sauter dans la nuit les deux ponts menant vers Raqa, coupant la ville de la zone située sur la rive occidentale.
Raqa était considérée comme la capitale de facto de l'EI avant qu'il ne soit défait en 2019 par les FDS, soutenues par la coalition multinationale dirigée par les Etats-Unis.
La minorité kurde avait alors profité du chaos de la guerre civile, qui a pris fin en 2024, pour s'emparer de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, incluant champs pétroliers et gaziers.
Un peu plus d'un an après avoir renversé Bachar al-Assad, Ahmad al-Chareh, un ex-jihadiste, veut rétablir l'autorité de Damas sur l'ensemble du pays.
- Appel kurde à des manifestations -
L'offensive de l'armée inquiète les pays occidentaux, dont les Etats-Unis, qui ont récemment levé leurs sanctions imposées à Damas sous Bachar al-Assad.
Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a exhorté les forces syriennes à cesser toute attaque entre Alep et Tabqa, appelant à "une coopération étroite entre les partenaires syriens".
Le pouvoir a conclu en mars 2025 un accord avec les Kurdes pour intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l'Etat, mais son application bute sur les exigences contradictoires des deux parties, toutes deux soutenues par Washington.
La minorité kurde, notamment répartie entre la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran, a souffert de décennies d'oppression en Syrie, où elle est estimée à quelque deux millions de personnes, sur 20 millions d'habitants.
Confronté au défi d'unifier un pays déchiré par la guerre civile, le président a annoncé vendredi reconnaître par décret ses droits nationaux. La langue kurde sera désormais officielle, une décision historique.
L'administration autonome kurde du nord de la Syrie a estimé que ce "premier pas" ne satisfaisait pas "les aspirations" du peuple kurde.
Les autorités kurdes ont appelé à des manifestations en soutien aux FDS dans plusieurs villes kurdes, dont Qamichli, principale ville de la zone autonome kurde.
A.González--ECdLR