Philippines: une journaliste condamnée dans un procès critiqué
Une journaliste philippine, qui a passé près de six ans en détention, a été reconnue coupable jeudi de financement du terrorisme dans une affaire que des groupes de défense des droits humains et un rapporteur des Nations unies ont qualifiée de "parodie de justice".
La journaliste et animatrice radio Frenchie Cumpio, 26 ans, et son ancienne colocataire Marielle Domequil ont fondu en larmes et se sont pris dans les bras au prononcé du verdict par la juge Georgina Uy Perez, du tribunal régional de Tacloban (est), qui les a condamnées chacune à une peine de prison de 12 ans et cinq mois minimum et de 18 ans et huit mois maximum.
Dans une copie de la décision consultée par l'AFP, le tribunal s'est déclaré convaincu par les témoignages d'anciens rebelles communistes, qui ont affirmé que les deux femmes avaient fourni de l'argent, des armes et du tissu à la Nouvelle Armée populaire (NAP).
La région de Samar-Leyte, où se trouve Tacloban, est l'une des dernières zones d'opération de l'insurrection communiste aux Philippines, qui a éclaté à la fin des années 1960.
Mme Cumpio et ses avocats ont insisté sur le fait qu'elle était victime d'une "étiquette rouge", pratique consistant pour le gouvernement de Ferdinand Marcos Jr. à réduire au silence ses détracteurs en les assimilant à ce mouvement de lutte armée.
Me Norberto Robel, qui assure la défense de l'accusée, a indiqué qu'ils allaient faire appel.
"Malgré cette décision, il existe encore un recours juridique et une demande de libération sous caution est en cours", a-t-il déclaré.
- "Verdict absurde" -
A l'extérieur du palais de justice, la police anti-émeute a empêché une foule de personnes venues soutenir les condamnées, parmi lesquelles la mère de Frenchie Cumpio, Lala, d'entrer dans la cour du bâtiment.
Les deux femmes avaient été arrêtées en février 2020 pour possession d'armes, accusées de détenir illégalement un pistolet et une grenade. Elles ont été relaxées sur ce volet jeudi.
Un an plus tard, elles ont été poursuivies pour financement du terrorisme, accusation pour laquelle elles encouraient 40 ans de réclusion.
L'affaire a été suivie de près par des groupes de défense des droits humains, notamment la Clooney Foundation for Justice d'Amal Clooney.
En octobre, l'avocate franco-libano-britannique a critiqué la durée de leur détention, déplorant "des reports répétés et la lenteur des progrès".
Beh Lih Yi, directrice pour l'Asie-Pacifique du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), a dénoncé jeudi la décision du tribunal.
"Ce verdict absurde montre que les diverses promesses faites par le président Ferdinand Marcos Jr. de défendre la liberté de la presse ne sont que des paroles en l'air", a-t-elle déclaré.
La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression, Irene Khan, avait précédemment évoqué l'affaire comme une "parodie de justice", et déclaré que les accusations portées contre Frenchie Cumpio semblaient être "une mesure de représailles pour son travail de journaliste".
R.Ortiz--ECdLR