"Bercy a eu notre scalp": les salariés dénoncent "la fin" de 60 Millions de consommateurs
"On est dégoûtés", "Bercy a eu notre scalp": une cinquantaine de salariés, élus et citoyens se sont rassemblés lundi devant l'Institut national de la consommation (INC) à Malakoff, près de Paris, contre la liquidation de cet organisme public qui édite le magazine 60 Millions de consommateurs.
"On est victimes d'une décision que personne ne comprend", lâche auprès de l'AFP Lionel Maugain, délégué syndical CFDT et journaliste de longue date. Pour lui, l'argument budgétaire avancé par le gouvernement n'est qu'un écran de fumée.
La liquidation de l'organisme public et de son magazine 60 Millions de consommateurs a été confirmée dans le budget 2026, en passe d'être définitivement adopté avec le recours à l'article 49.3 puis le rejet prévisible de deux motions de censure.
La liquidation de l'Institut, créé en 1966 et devenu un établissement public industriel et commercial (EPIC) en 1990, devrait coûter 8 millions d'euros selon le gouvernement. Le SNME CFDT évoque lui un coût de "11 millions" d'euros.
En 2024, le déficit de l'INC a atteint 719.000 euros pour un chiffre d'affaires de 11,6 millions d'euros, selon Lionel Maugain. "C'est du dogmatisme budgétaire. Il leur fallait une agence, Bercy a eu notre scalp. Ça fait des années qu'ils essayaient de nous tuer, cette fois, c'est le cas", regrette-t-il.
Avec le magazine, ce sont 60 salariés qui risquent le licenciement, sauf si un repreneur privé est trouvé, comme le voudrait le gouvernement.
Une reprise potentielle, "mais à quel prix ?", s'interroge Bertrand Loiseaux, secrétaire du CSE : "Je vois mal comment on pourrait avoir cette indépendance complète dans le privé" pour un journal avec "zéro publicité".
"Malheureusement je pense qu'on arrive un peu à la fin, ça nous paraît quand même difficile", conclut-il.
- "Énorme gâchis" -
Patricia Chairopoulos, journaliste et cheffe de la rubrique alimentation et environnement, ne cache pas son "dégoût". Cette spécialiste des pesticides, des additifs alimentaires et des polluants décrit un "énorme gâchis".
"On travaille en tandem avec des ingénieurs, on fait des études de marché, on démontre des choses en laboratoire", explique-t-elle. Perdre l'INC, c'est laisser le consommateur un peu plus démuni face au marketing industriel : "Tout le monde va en payer le prix".
Député insoumis de la circonscription, Aurélien Saintoul, venu soutenir les manifestants, qualifie la liquidation de "sabotage" contre un lanceur d'alerte et juge l'économie budgétaire dérisoire. Pour lui, le "crime profitera à tous ceux qui ont pour objectif de maximiser leur profit en réduisant la qualité de tous les produits".
Journaliste depuis 17 ans pour 60 millions de consommateurs, Brigitte Glass est fataliste: "Ce n'est pas la première attaque, mais il semblerait que ce soit la bonne".
"Il y a peut-être encore moyen de se battre", avance Jean-Pierre Béquet, vice-président du conseil d'administration de l'INC et ancien député socialiste, qui évoque, pour entretenir l'espoir, la possibilité d'un ultime recours devant le Conseil constitutionnel.
"Aujourd'hui, nous avons à faire face à des invasions de produits qui sont dangereux", souligne-t-il, "l'affaire de Shein est dans toutes les têtes, mais il y a aussi les eaux, les laits contaminé et bien d'autres".
L'affaire des poupées sexuelles à l'effigie d'enfants découvertes sur le site de Shein fin octobre a été déclenchée grâce à un signalement d'une lectrice de 60 millions de consommateurs auprès du magazine, qui a ensuite prévenu les autorités.
Dans ce genre de cas, ou face aux lobbies des industriels, qui "s'attaquent à tous les services publics" dont celui de l'aide aux consommateurs, le rôle de "contrepouvoir" de l'INC est "irremplaçable" selon M. Béquet.
E.Cárdenas--ECdLR