Pour les habitants des bastions du Hezbollah, une fuite éperdue sous les bombes israéliennes
Quand les frappes israéliennes sur le bastion du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth ont commencé en pleine nuit, Hassan a fui à la hâte avec sa femme et sa fille, se joignant à l'exode de centaines de familles terrorisées.
"J'étais au café quand j'ai entendu les bombardements, j'ai couru à la maison prendre ma femme et ma fille pour les emmener vers la montagne", dit ce propriétaire d'un café populaire.
En ce mois de Ramadan, les soirées s'éternisent après la rupture du jeûne.
"Nous sommes sortis en hâte, sans rien prendre, ni vêtements ni même nourriture pour ma fille", ajoute cet homme de 30 ans.
Lorsque les frappes ont débuté, des tirs nourris ont éclaté dans la banlieue sud pour en avertir les habitants, selon des témoins.
Hassan et sa famille ont été pris dans un embouteillage de plus de trois heures, des centaines d'autres habitants de la banlieue jouxtant Beyrouth fuyant en pleine nuit.
La population est encore traumatisée par la dernière guerre entre le Hezbollah et Israël, d'octobre 2023 à novembre 2024, au cours de laquelle les bastions de la formation pro-iranienne ont été pilonnés.
Les frappes israéliennes massives sur le Liban ont tué lundi au moins 31 personnes et fait 149 blessés, selon le ministère libanais de la Santé.
Elles sont intervenues en riposte à une attaque du Hezbollah pro-iranien contre Israël visant à "venger" la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, qui a entraîné le Liban dans le conflit régional.
- "Souffrances et épreuves" -
Alors que les attaques se poursuivent sur la banlieue de Beyrouth, le sud et l'est du Liban, l'armée israélienne a indiqué que des centaines d'avions mènent des frappes simultanément sur le Liban et l'Iran.
A Saïda, principale ville du sud du Liban, des centaines de voitures, certaines avec des matelas sur le toit, étaient bloquées sur l'autoroute côtière où le trafic a été réduit à un seul sens, vers Beyrouth, selon les équipes de l'AFP.
"Nous nous sommes réveillés au son des obus (..) et nous avons fui" avec toute la famille, sans rien emporter, dit Izdihar Yassine, une habitante du village de Qsaybé, dans le sud du Liban.
"Je suis atteinte d'un cancer et j'avais une séance de traitement aujourd'hui, je ne peux pas y aller", ajoute-t-elle.
Les autorités libanaises ont diffusé lundi une liste de centres d'accueils dans des écoles à Beyrouth, dans le sud et les montagnes, appelant les déplacés à s'y rendre.
Ahmad Choumar, un habitant du village de Harouf dans le sud, dit avoir "échappé à la mort".
"Ils ont bombardé un premier bâtiment près de notre maison", dit cet homme à la barbe blanche, qui a fui avec sa famille dans deux voitures séparées.
"Alors que je passais avec mon fils près d'un bâtiment, il a été visé par une frappe et les pierres sont tombées sur notre voiture", ajoute-t-il, précisant que son fils a été blessé.
Un autre habitant du sud, qui ne veut pas dire son nom, affirme être bloqué depuis sept heures sur l'autoroute.
"On ne vit dans ce pays que pour les souffrances et les épreuves", soupire-t-il.
Hassan, lui, est revenu dans son appartement de la banlieue, où les immeubles détruits par la dernière guerre n'ont pas encore été reconstruits, chercher les papiers d'identité de la famille, de l'argent et quelques affaires.
"Personne ne sait ce qui nous attend", dit-il.
B.Morales--ECdLR