Argentine: heurts entre police et manifestants hostiles à un projet de loi sur la propriété privée
Des heurts ont opposé jeudi à Buenos Aires des manifestants à la police, à l'issue d'une manifestation de quelques milliers de personnes, devant le Sénat argentin qui débattait d'un projet de loi sur la propriété privée, a constaté l'AFP.
En fin de manifestation, à la tombée de la nuit, ces accrochages, principalement à distance, ont mis aux prises sur la place du Parlement des groupes de plusieurs dizaines de personnes aux policiers. Visés par des jets de pierre et projectiles divers, ils ont fait usage de gaz lacrymogène, balles en caoutchouc et canon à eau.
Au moins deux membres des forces de l'ordre et un manifestant ont été blessés selon des médias argentins et des images de l'AFP, et dix personnes interpellées, d'après certains médias, un bilan qui n'a pas été confirmé officiellement dans un premier temps.
Selon le syndicat de presse de Buenos Aires, Sipreba, une photographe a été blessée à la tête.
Après plus de deux heures d'accrochages sporadiques, de face à face à distance, la place du Parlement a été dégagée vers 20H00 (23H GMT) par la police, bien qu'une poignée de manifestants y demeure, sans heurts.
Avant cette fin tendue, la manifestation avait rassemblé sans incident dans l'après-midi, face à un imposant dispositif policier, quelques milliers de manifestants sous le vent et la pluie.
A l'appel notamment de partis de gauche, mouvements sociaux, syndicats, les manifestants étaient réunis sous le slogan "La patrie n'est pas à vendre" - sur des banderoles, ou déclamé en chants, a constaté l'AFP. Au même moment, le Sénat entamait l'examen d'un projet de loi contesté.
Ce texte baptisé "Inviolabilité de la propriété privée" prévoit, entre autres, de faciliter les procédures d'expulsion en cas d'impayés, et rend plus difficile l'expropriation par l'Etat d'un bien privé. Il vise aussi à assouplir le changement d'usage de certains sols ruraux, dont ceux jadis incendiés.
- Terres pour étrangers -
Le gouvernement de l'ultralibéral Javier Milei entend par ce texte consolider la propriété privée, et offrir un cadre juridique propice aux investisseurs.
Mais l'essentiel, le plus polémique, a été retiré du texte : l'exécutif prévoyait d'élever, de 15% à 25%, le seuil de terres pouvant être acquises par une personne physique ou juridique étrangère, une norme datant de 2011.
L'opposition et des mouvements de défense de l'environnement étaient braqués contre le projet, dénonçant à l'instar de la centrale syndicale CTA un risque de "colonisation, de fragmentation, de fracture et de balkanisation de la patrie".
Le parti de Javier Milei, guère en position de force au Sénat (20 sénateurs sur 72) n'était nullement certain d'avoir les voix nécessaires, même avec des alliés. Il a donc dû faire marche arrière, et a retiré le chapitre sur l'achat de terres par les étrangers.
Selon un rapport fin 2025 de l'Observatoire des Terres, collectif de chercheurs du Conicet (équivalent argentin du CNRS français) et de l'Université de Buenos Aires, près de 5% du territoire argentin - soit une superficie à peu près égale à l'Angleterre - est propriété étrangère.
Mais dans certains districts, ce pourcentage dépasse déjà les 15% prévus par la loi, soulignent-ils. En particulier "des territoires dotés de ressources hydriques, minières ou d'avantages logistiques" comme des ports.
Dans la manifestation jeudi, Carlos Miño, 67 ans, restait hostile au projet, malgré la marche arrière de l'exécutif : "Presque tout le projet va dans le même sens. C'est livrer, d'une manière ou d'une autre, nos biens, ce qui nous appartient", a-t-il dit à l'AFP.
Après le Sénat, ou le débat devrait durer jusque tard dans la nuit de jeudi, le texte devra encore passer à la Chambre des députés.
F.Fuentes--ECdLR