Trophée Jules Verne: Coville et les siens s'offrent le record absolu autour du monde
Infatigable et pugnace, Thomas Coville (Sodebo) a bouclé dimanche matin son dixième tour du monde à la voile en 40 jours 10 heures et 45 minutes avec son courageux équipage de six marins, nouveau record absolu à la clef.
Parti le 15 décembre au large d'Ouessant, Sodebo Ultim 3 a amélioré de 12 heures et 44 minutes le record du Trophée Jules Verne, créé en 1993 en référence au célèbre roman "Le Tour du monde en 80 jours", et à son héros Phileas Fogg.
Le maxi-trimaran, ralenti ces derniers jours par la tempête Ingrid, a franchi la ligne située entre le phare de Créac'h et le phare de Lizard Point, en Angleterre, à 7h46 (GMT+1), a annoncé son équipe.
Sodebo a parcouru 28.315 milles (52 440 kilomètres) à la vitesse moyenne de 27,17 nœuds (50 km/h). Coville, Benjamin Schwartz, Léonard Legrand, Frédéric Denis, Pierre Leboucher, Guillaume Pirouelle et Nicolas Troussel sont désormais attendus dans le port de Brest aux alentours de 11 heures pour des célébrations nourries.
Le quatrième essai depuis 2020 aura été le bon pour Coville, digne successeur de Francis Joyon qui, en 2017 à bord d'Idec Sport, avait signé un temps stratosphérique de 40 jours et 23 heures, sur lequel de nombreux marins ont buté.
- "Sur le fil du rasoir" -
Malgré un début de tour du monde canon marqué par un premier record - la traversée Ouessant/Bonne-Espérance en 10 jours et 23 heures seulement -, le suspense aura duré jusqu'au bout entre les "Sodeboyz" et le fantôme de l'équipage de Joyon.
Dépassés à l'antiméridien, les hommes de Thomas Coville ont repris les commandes au cap Horn, mais ont ensuite dû affronter dans le sprint final vers la Bretagne la tempête Ingrid, ses dix mètres de creux et ses coups de vent à près de 100 km/h.
"Nous avons fait une sacrée rencontre. Les 36 dernières heures ont été les plus difficiles et les plus longues de cette tentative: nous avons abîmé plus de choses que pendant tout le tour du monde", a souligné le skipper de 57 ans dans une vidéo envoyée depuis le bord samedi.
"Une déferlante a arraché un support qui permettait de monter et descendre le safran. On s'en sort bien puisqu'il reste opérationnel. Forcément, ça ajoute une tension et un stress supplémentaires à bord, la sensation d'être sur le fil du rasoir", a-t-il ajouté.
Une deuxième dépression se formant au large de l'Irlande balayait encore au petit matin la zone d'arrivée, ce qui a obligé l'équipage à réaliser un ultime empannage avant de pouvoir lever les bras, à une trentaine de kilomètres des côtes.
- Consécration -
Pour Coville, il s'agit d'une magnifique consécration. Ce marin chevronné, affable et meneur d'hommes, enlève son 3e Trophée Jules Verne après ses périples d'équipier pour De Kersauson en 1997 et Franck Cammas en 2010. Le premier en tant que skipper.
Ce succès valide également les choix de son sponsor historique qui lui fait confiance depuis 1999 - une éternité à l'échelle du sport - et a mis la main à la poche en 2017 pour lancer la construction d'un onéreux maxi-trimaran, avec déjà le tour du monde dans le viseur.
Mis à l'eau en 2019 après 110.000 heures de travail, Sodebo Ultim 3 a mis du temps à trouver son rythme de croisière, longtemps moins véloce que ses principaux concurrents de la classe Ultim.
Mais au gré des courses et des tentatives autour du monde, il est devenu une référence en matière de fiabilité, une qualité essentielle pour s'emparer du mythique Trophée Jules Verne.
En tout cas, ni le skipper ni son bateau ne sont au bout de leur aventure commune. Une troisième génération de foils est actuellement en construction à Lorient pour tenter de gagner la prochaine Route du Rhum à la fin de l'année.
L.Martínez--ECdLR